Montante ou descendante : à quel moment de la marée pêcher du bord
« On pêche à la montante. » C’est la première chose qu’un pêcheur du bord entend, et c’est vrai — la moitié du temps. L’autre moitié, la descendante produit autant, et parfois davantage. Ce qui distingue les deux n’est pas une règle générale : c’est la forme du poste, et ce que le courant y fait.
Ce que fait la montante
Sur un estran qui découvre — sable ou platier — la montante recouvre des zones restées à sec plusieurs heures. Tout ce qui y vivait ou s’y était réfugié, crabes, vers, juvéniles coincés dans les flaques, se retrouve accessible d’un coup. Le bar et la daurade remontent avec l’eau pour en profiter, souvent dans très peu de profondeur : de nuit, sur une plage de sable, le bar chasse dans cinquante centimètres d’eau, et le pêcheur qui lance à quatre-vingts mètres pêche au-delà de lui.
La montante a aussi une vertu de confort : on recule devant l’eau, on ne se fait pas couper. Sur un platier rocheux, c’est la seule phase où la marge de sécurité augmente au lieu de diminuer.
La fenêtre la plus productive est la dernière partie de la montante et l’heure qui suit la pleine mer — ce que le score appelle la fenêtre de pleine mer, de deux heures avant à une heure après. Le courant est encore établi, l’eau est au plus haut sur les zones de nourriture, et le poisson n’est pas encore redescendu.
Ce que fait la descendante
Sur un poste qui concentre l’eau — une baïne, une passe entre deux bancs, un chenal d’estuaire, l’entrée d’une lagune — la descendante est la meilleure phase. Toute l’eau du bassin sort par une ouverture de quelques dizaines de mètres, et avec elle tout ce qu’elle porte. Le poisson se poste en aval, dans le courant, et attend. Sur la côte landaise, l’ouverture d’une baïne à mi-descendante est un poste de premier ordre ; à Oualidia ou à Dakhla, la passe de la lagune à la descendante concentre tout le jeu.
- 1Le banc de sable — la barre, où les vagues déferlent.
- 2Le bassin — l’eau retenue derrière le banc, calme en apparence.
- 3La passe — la brèche par laquelle le bassin se vide à la descendante.
- 4Le courant de sortie — il file au large et entraîne tout ce que le bassin contenait ; le poisson chasse dedans.
- 5Le poste — sur le sable, à côté de la passe, en lançant dans le courant.
- 6La zone à ne jamais traverser — à la descendante, de l’eau au-dessus du genou près de la passe emporte un adulte.
La descendante est aussi la phase de la pêche à soutenir depuis la roche : l’eau qui se retire dégage les têtes de roche, et le sar, la vieille, le lieu viennent fouiller les algues et les crevasses que le courant nettoie.
Ce qu’elle exige en retour : de la vigilance. Sur une plage à baïnes, la descendante est la phase où le courant de sortie emporte un adulte debout ; on ne pêche pas dans l’eau au-dessus du genou. Sur un platier, elle découvre le terrain — et le recouvrira plus vite qu’on ne pense, deux heures après avoir tourné.
Pourquoi l'étale ne vaut rien, ou presque
L'étale est le moment où l’eau ne bouge plus : la demi-heure autour de la pleine mer et de la basse mer, quand le courant s’inverse. Sans courant, rien ne circule — ni la nourriture, ni l’odeur de l’appât, ni le poisson qui se déplace avec le flux. Sur la plupart des postes, l'étale est un trou dans la journée.
C’est pour cela que le score de ce site pénalise l'étale dans son facteur marée, qui pèse le plus lourd des sept. Ce n’est pas un jugement esthétique : c’est le retour d’expérience de tous les pêcheurs du bord, qui rangent leur canne à l'étale de basse mer pour la reprendre quand l’eau repart.
Deux exceptions. Sur les postes profonds — digues, jetées, tombants — l'étale de pleine mer est le moment calme où la daurade se décide sur un appât posé. Et en Méditerranée, où il n’y a presque pas de marée, la notion d'étale n’a pas de sens : c’est le vent qui fait le courant, et c’est lui qu’il faut lire.
Lire le mouvement de l’eau sur place
La table de marée dit l’heure ; le poste dit le reste. Trois choses à regarder en arrivant :
- Le sens du courant sur un objet flottant, une algue, un bouchon. S’il est franc, on est dans une phase qui pêche. S’il tourne ou s’arrête, on est à l'étale, et il vaut mieux préparer le matériel qu’essayer.
- Les zones de sable propre et les zones de roche que l’eau recouvre ou dégage. Le bar remonte sur le sable recouvert ; le sar descend sur la roche dégagée.
- Les couleurs de l’eau. Une eau troublée par le ressac ou par un fleuve, sur une eau claire, est une frontière — et le poisson chasse aux frontières. Une descendante après un coup de mer, qui sort de l’eau chargée d’une baie, dessine cette frontière au bord.
Ce que le coefficient change à tout cela
Fort coefficient, fort courant : la montante et la descendante sont plus marquées, l'étale plus court, les fenêtres plus intenses et plus brèves. Faible coefficient, l’inverse : l’eau bouge peu, les phases s'étirent, et les postes de courant s'éteignent. Un poste de baïne à coefficient 45 ne concentre rien ; à 100, il concentre trop, et la mer y est dangereuse. Entre 70 et 95, on a le courant sans le chaos — c’est ce que le score cherche.
En résumé
Montante sur les estrans qui découvrent — sable, platiers — et surtout la dernière partie jusqu'à une heure après la pleine mer. Descendante sur les postes qui concentrent l’eau — baïnes, passes, chenaux, entrées de lagune — et pour la roche à soutenir. Étale : on prépare, on ne pêche pas. Et sur place, regardez d’abord dans quel sens l’eau va : c’est elle qui décide où le poisson est.